14 juillet 2025 Commentaires fermés

Aveyron: QVEMA : Fertilaine, jeune pousse qui sème la graine de l’innovation à la campagne.

Fertilaine (1)

(M6/SATISFY)

 

Installée entre Millau et Rodez, en Aveyron, la famille Fabry a mis au point un engrais naturel à base de laine de mouton. Lauréate 2024 du concours Innover à la campagne, la jeune pousse espère revitaliser la filière laine française, permettant ainsi de soutenir des éleveurs oubliés par la mondialisation et l’industrie textile. Vincent Fabry, agriculteur et cofondateur de Fertilaine aux côtés de son frère, Pierre-Marin, s’est confié à Big média à quelques jours de leur passage attendu dans Qui veut être mon associé ?

Un tiers des Français vit aujourd’hui dans la ruralité, soit plus de vingt millions d’habitants. Si les territoires ruraux constituent un véritable terreau d’innovation, leur dynamisme est parfois occulté par l’activité économique des grandes métropoles et de régions comme l’Île-de-France, par exemple, qui concentre à elle seule plus de 30 % du PIB de la France. Or ces dernières années ont vu germer des initiatives, telles que le Prix de l’Innovation Rurale ou le concours Innover à la campagne, qui cherchent au contraire à montrer qu’il est possible d’innover en dehors des grandes villes et qu’il faut par conséquent mettre en lumière ces innovations qui répondent à des besoins ancrés dans les territoires qui les ont vu naître. C’est le cas de Fertilaine, engrais naturel à base de laine de mouton, lauréat 2024 du Prix Innover à la campagne. Reposant sur l’économie circulaire, Fertilaine profite à tous les acteurs de la chaîne, à commencer par les éleveurs pour qui la laine tondue constituait jusqu’à présent un véritable fardeau. Big média est allé à la rencontre de Vincent Fabry, cofondateur d’une start-up en pleine accélération et qui se prépare à passer, dans deux jours (le 26 février), devant le jury de Qui veut être mon associé ?, émission phare dédiée à l’entrepreneuriat de retour pour une cinquième saison.

La laine, une ressource inexploitée aux propriétés remarquables

Pour les fondateurs de Fertilaine, tout commence dans la ferme familiale, sur le plateau du Lévézou, en Aveyron. Agriculteurs de père en fils, la famille Fabry y élève des brebis de race Lacaune depuis six générations et produit du lait certifié biologique depuis 2018. « Quand nos parents sont passés au bio, ils se sont rendu compte que la laine n’était pas du tout valorisée », explique Vincent Fabry. Acheteur industriel de formation dans le secteur de l’aéronautique, Vincent Fabry dirige aujourd’hui avec son frère aîné, Pierre-Marin, cette entreprise née autour d’un double constat. D’une part, la laine constitue une ressource largement inexploitée. « Aujourd’hui, plus de 95 % de la laine est jetée ou n’est pas utilisée. » Interdite en déchetterie, la laine résultant de la tonte annuelle des moutons, opération nécessaire pour leur bien-être, se retrouve aujourd’hui sur les bras des éleveurs. « Avant le COVID, elle était exportée en Asie à près de 90 %, mais les exportations se sont arrêtées », précise le cofondateur de Fertilaine. Deuxième constat : en plus d’être entièrement biodégradable, la laine présente des propriétés agronomiques remarquables. « En l’analysant, nous avons réalisé qu’elle avait les mêmes propriétés agronomiques que d’autres engrais organiques et qu’elle pouvait fertiliser le sol », se remémore Vincent Fabry. Riche en azote et en potassium, la laine présente notamment la capacité de retenir trois fois son poids en eau, permettant ainsi de réduire nettement l’arrosage. Après des essais fructueux sur la ferme familiale et avoir constaté l’absence d’engrais 100 % laine sur le marché, les deux frères lancent l’aventure Fertilaine sur fonds propres, et s’appuient sur une campagne de crowdfunding qui dépasse largement leurs attentes. « On a réalisé 1 500 % de l’objectif ! Grâce à ça, on a pu obtenir des relais médiatiques et des financements », dont la Bourse French Tech.

Fertilaine : une solution à impact et ancrée localement

A ce stade de développement, la jeune pousse cible les particuliers en quête d’un engrais naturel pour une application en jardins ou espaces verts. « On collecte la laine localement, dans un rayon de 20 km autour de la ferme. La laine est ensuite broyée, déshydratée et montée en température pour en retirer l’eau. On perd environ 20% de sa masse », détaille Vincent Fabry. Un processus mécanique ne nécessitant aucun produit chimique, ni lavage. « La laine est brute au départ comme à l’arrivée. Il n’y a que sa forme qui change », poursuit-il. Sans avoir rien à ajouter grâce aux vertus de la laine brute, l’engrais de Fertilaine demeure intégralement naturel à tous les stades de sa fabrication. « Ce n’est certes pas une innovation incroyable comme l’iPhone, mais on révolutionne le marché du jardinage, parce qu’on apporte quelque chose de nouveau », estime le cofondateur de la jeune pousse aveyronnaise. Comment expliquer alors que personne n’y ait pensé avant ? « Parce que les gens ne se posaient pas la question de ce que devenait la laine, répond l’entrepreneur. Ses vertus n’étaient pas exploitées, alors que c’est une matière noble. »

Fertilaine

 

Aujourd’hui, l’entreprise est sollicitée par des éleveurs de la France entière, qu’elle se voit parfois contrainte de refuser. Car quoi qu’il advienne, Fertilaine tient à rester une solution locale, respectueuse des principes de l’économie circulaire. « On ne va pas aller chercher de la laine à l’autre bout de la France alors que l’Aveyron est le premier département moutonnier de l’Hexagone, souligne à juste titre Vincent Fabry. Localement, on a 1 500 tonnes de laine par an. On sait qu’il n’y aura pas de pénurie. »  Disponible en paquets de 250, 500 grammes et d’un kilo, chaque vente d’un produit Fertilaine rapporte une petite somme à l’éleveur de brebis dont la laine a servi à la fabrication de l’engrais. Fortement attachés à la profession d’agriculteur, le but premier des frères Fabry est en effet de pouvoir, demain, avoir les capacités de proposer cette solution aux éleveurs. « On veut dynamiser le territoire d’où l’on vient, déclare-t-il. On n’est pas un industriel qui accapare une ressource. Si on monte une unité de production, ce sera ici. C’est vraiment une valeur importante pour nous. Je pense que les gens attendent cette authenticité. »

Initier le renouveau de la filière laine en France

Grâce à sa solution, la jeune pousse aveyronnaise compte bien remettre sur pied une filière laine française mise à mal par la mondialisation et la rude concurrence de l’industrie textile, qui lui préfère les fibres synthétiques. Aujourd’hui, seulement 4 % des toisons, soit plus de 10 000 tonnes annuelles, est valorisée en France. Or, « c’est un produit pertinent qui répond à beaucoup d’enjeux », estime Vincent Fabry. « Demain par exemple, on pourrait très bien récupérer les déchets d’une filature de laine pour faire une autre matière première. » Des initiatives à l’instar de Fertilaine commencent donc à fleurir à l’échelle locale, montrant qu’il est non seulement possible mais nécessaire de s’emparer de cette ressource pour valoriser la richesse de ces territoires. « Ça montre qu’on est capable d’être acteur, mais aussi moteur dans cette dans cette transition. » A l’échelle nationale, l’association interprofessionnelle Tricolor a soumis en ce sens au ministère de l’Agriculture une nouvelle feuille de route pour relancer la filière laine dans les prochaines années, évoquant des pistes sur les marchés à investir : habillement (plus particulièrement les produits hauts de gamme et les vêtements de sport), les emballages, la construction (notamment pour l’isolation) ou encore l’agriculture. Le tout avec pour objectif de valoriser 50 % des toisons d’ici 2030.

Double lauréat du concours Innover à la campagne (Grand Prix du Jury et Prix Spécial AMRF Transition alimentaire & Agriculture durable), Fertilaine devrait logiquement s’imposer comme un acteur incontournable de ce renouveau –à condition que la réglementation évolue dans le bon sens. « Le but, c’est de déployer commercialement le produit partout en France », confie Vincent Fabry. Pour l’heure, sa solution est distribuée dans plus de 80 jardineries et magasins (essentiellement en Occitanie, mais également en Gironde ou en Belgique), grâce à une bonne connaissance des réseaux de distribution indépendants. « L’avantage, c’est qu’une fois qu’on est dans une coopérative, c’est plus d’aller en voir une autre car elles se connaissent toutes avec la centrale », explique le cofondateur de Fertilaine, qui prévoit d’être présent sur 200 points de vente en 2025. Etendre son réseau de distribution, mais également développer sa gamme de produits afin de proposer des engrais spécifiques à certaines typologies de plantes, et à terme de pouvoir adresser des marchés diversifiés (horticulteurs, collectivités, etc.) et à plus fort volume, telles sont les ambitions de l’entreprise familiale. « Pour le moment, on est sur un marché de valeur. Demain on sera sur le marché de volume », affirme Vincent Fabry, qui a depuis quitté son travail pour se consacrer entièrement à Fertilaine, actuellement hébergée par une pépinière d’entreprises à Rodez. Bientôt rejoints par un ingénieur agronome, les deux frères, à la veille d’être révélés à la France entière en prime time, demeurent résolument convaincus par la viabilité de leur projet. « On a de très bons retours des clients. C’est vraiment très encourageant pour la suite ! », conclut, fièrement, l’entrepreneur aveyronnais.

 

 

source: https://bigmedia.bpifrance.fr/nos-actualites/qvema-fertilaine-jeune-pousse-qui-seme-la-graine-de-linnovation-a-la-campagne

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