Aude: Sécuriser les routes de l’Aude, un outil innovant face aux chutes de blocs.
La gestion des risques naturels, en particulier des chutes de blocs, est un enjeu majeur pour le Conseil Départemental de l’Aude (CD11). A travers un partenariat avec le Cerema, une méthodologie a été mise au point, pour identifier et hiérarchiser de manière objective les parties du réseau les plus vulnérables vis-à-vis du risque chutes de blocs, au regard des enjeux de mobilité que présentent les différentes parties du réseau routier.
Chaque année, les routes de l’Aude sont confrontées à un danger bien connu en zone montagneuse : les chutes de blocs. Ces éboulements, souvent imprévisibles, perturbent la circulation, mettent en péril la sécurité des usagers et compliquent la gestion des infrastructures routières. En février dernier, un éboulement sur la RN90 entre Albertville et Moutiers a bloqué la route pendant plusieurs jours. En 2023, la N134 a subi le même sort.
Un territoire particulièrement exposé

Face à cette menace amplifiée par le changement climatique, le Conseil Départemental de l’Aude (CD11) a décidé d’aller au-delà des interventions ponctuelles après chaque incident, et d’adopter une approche proactive. En collaboration avec le Cerema, un organisme expert en ingénierie des risques naturels et en mobilité, il a mis au point un outil innovant permettant d’identifier et de classer les tronçons routiers les plus vulnérables. Une avancée décisive pour une gestion plus efficace et une sécurité renforcée.
Avec 4 700 km de routes, dont 37 % en zone montagneuse, l’Aude est un territoire particulièrement vulnérable aux éboulements rocheux. Ces phénomènes naturels peuvent non seulement entraîner des coupures de circulation mais aussi isoler certains villages et compromettre des axes stratégiques.
Plutôt que de réagir après chaque éboulement, le CD11 a décidé de prendre le problème à bras-le-corps en mettant en place une stratégie d’anticipation. Objectif : identifier les zones à risque avant qu’un accident ne se produise et hiérarchiser les priorités d’intervention.
Une approche stratégique pour une gestion plus efficace
Pour optimiser ses ressources et sécuriser son réseau routier sur le long terme, le département a fait appel à l’expertise technique du Cerema en matière de risques naturels et mobilité. Ensemble, ils ont développé une méthodologie innovante et rigoureuse qui repose sur une double analyse :
- L’évaluation de l’aléa rocheux, c’est-à-dire la probabilité qu’un éboulement se produise à un endroit donné.
- L’analyse de l’enjeu de mobilité, qui mesure l’impact d’un tel événement sur la circulation. En croisant ces deux éléments, un outil cartographique permet de visualiser clairement les sections prioritaires pour les interventions de sécurisation.
L’approche du Cerema repose donc sur trois étapes clés :
Analyse de l’enjeu de mobilité : Quelles routes sont les plus fréquentées ? Celles utilisées pour les services d’urgence, le transport de marchandises ou le tourisme ? Existe-t-il des itinéraires alternatifs en cas de coupure ?
Évaluation de l’aléa rocheux : Quels tronçons sont les plus exposés aux chutes de blocs ? L’analyse s’appuie sur les bases de données du BRGM, les observations des services routiers et des inspections terrain menées par le Cerema.
Cartographie du risque : En croisant ces deux analyses, une classification des tronçons est réalisée afin de prioriser les interventions.
Méthode de l’enjeu mobilité :

L’originalité de cette approche réside dans la finesse des critères utilisés. Contrairement à d’autres études qui se basent uniquement sur le volume de trafic, ici l’enjeu de mobilité a été affiné grâce à trois indicateurs :
- L’indicateur quantitatif illustre le volume de trafic sur chaque section,
- L’indicateur qualitatif identifie les usages spécifiques, qu’il s’agisse du tourisme, du transport de marchandises, des trajets domicile-travail ou encore de la place des mobilités douces comme le vélo.
- Un troisième indicateur a été introduit pour mesurer la présence ou l’absence d’itinéraires alternatifs.
Chacun de ces paramètres a été pondéré en collaboration avec le Conseil Départemental pour établir une note sur 10 caractérisant l’importance stratégique de chaque section de route.
Méthode pour l’aléa rocheux :
En parallèle, l’évaluation de l’aléa rocheux a été réalisée en s’appuyant sur une méthodologie à dire d’expert de façon homogène sur l’ensemble du territoire par l’équipe du Cerema Occitanie chargée d’évaluer l’aléa. L’unité d’analyse utilisée est la portion de route exposée à un même niveau d’aléa. Quatre classes d’aléa ont été définies, allant de nul à fort, à partir des inspections de terrain menées par le Cerema.
L’historique et la localisation des chutes de blocs issus de la base des données du Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) et les retours d’expérience des services routiers du département ont également été consultées. Ainsi, suivant la classe d’aléa retenue, chaque portion de route est qualifiée par une note allant de 0 à 3.
Méthode pour le risque rocheux :
La dernière étape a consisté à combiner ces deux analyses pour produire une évaluation globale du risque. En croisant l’aléa rocheux et l’enjeu mobilité, il a été possible d’attribuer une classe de risque à chaque section de route. Une méthodologie combinée a été utilisée : la note d’aléa a été multipliée par la note d’enjeu pour déterminer une valeur de risque. Ensuite, une approche dite de la « méthode du pire » a été appliquée, considérant que chaque usager emprunte une section dans son intégralité et est donc exposé aux points les plus dangereux.
Un outil de visualisation statique
L’un des aspects les plus novateurs de ce projet réside dans la création d’un outil interactif permettant de visualiser les risques sur le réseau routier. Il constitue un support de communication essentiel pour les élus et les gestionnaires du réseau ainsi qu’au grand public. Grâce à une interface cartographique accessible, il facilite la prise de décision et permet d’expliquer les choix d’investissement en matière de sécurisation des infrastructures.

Une méthodologie adaptable à d’autres risques naturels
Face à l’intensification des événements climatiques extrêmes, cette démarche pourrait servir de modèle pour d’autres territoires confrontés à des risques similaires. La méthodologie développée pour les chutes de blocs pourrait en effet être transposée à d’autres aléas naturels, tels que les inondations, les glissements de terrain ou encore les avalanches.
En alliant expertise technique et innovation méthodologique, le Conseil Départemental de l’Aude et le Cerema ont franchi une étape cruciale vers une gestion plus résiliente du réseau routier. Ce projet illustre parfaitement comment une approche scientifique et stratégique peut améliorer la sécurité des usagers tout en optimisant les investissements publics. Une initiative qui mérite d’être suivie de près et, pourquoi pas, étendue à d’autres territoires confrontés aux défis du changement climatique.
source: https://www.cerema.fr/fr/actualites/securiser-routes-aude-outil-innovant-face-aux-chutes-blocs


OccitanieTech