24 mai 2022 Commentaires fermés

Universités d’Occitanie: Les campus connectés, l’université en bas de chez soi.

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Depuis 2019, les campus connectés fleurissent dans les villes moyennes. Une solution pour rendre accessible l’enseignement supérieur aux plus défavorisés, mais dont le financement n’est pas garanti.

Raccrocher les jeunes à l’enseignement supérieur en leur offrant un lieu et un encadrement pour faire des études près de chez eux : l’initiative est née en 2017, à Montereau-Fault-Yonne (21 200 hab.), dans le sud-est de la Seine-et-Marne. Yves Jégo (UDI), l’ancien maire, a eu l’idée de ce tiers-lieu installé au cœur d’un quartier prioritaire pour faciliter l’accès aux études supérieures et éviter aux jeunes de longs trajets quotidiens pour se rendre à Paris, Créteil ou Marne-la-Vallée.

Avec ses 450 mètres carrés de bâtiments modulaires, la ­Digitale Académie offre à une trentaine d’étudiants les conditions techniques de l’enseignement à distance – salles de cours, équipement numérique, connexion haut-débit – et l’accès à environ 450 diplômes de l’enseignement supérieur. Surtout, et c’est là sa valeur ajoutée, chaque jeune y bénéficie d’un accompagnement personnalisé pour maintenir motivation et rythme de travail.

Un pied à l’étrier

C’est ce modèle qui a inspiré l’appel à projets « Campus connectés » du PIA3 (troisième programme d’investissements d’avenir), lancé en 2019 par Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Il s’agit de rapprocher l’enseignement supérieur des territoires, en contractualisant avec les collectivités. La Banque des territoires s’engage à verser chaque année 50 000 euros maximum pendant cinq ans à la collectivité porteuse du projet, ainsi que 10 000 euros à l’établissement d’enseignement supérieur partenaire.
En 2019, treize campus connectés ont été labellisés, principalement dans des lieux éloignés des pôles universitaires, puis 40 en 2020. Ils sont aujourd’hui 68. Au total, ils accueillent 1 000 étudiants, mais le ministère table sur 4 000 à 5 000 d’ici quelques années. « Ces endroits offrent une vraie réponse à la démocratisation de l’enseignement supérieur. On y accueille des personnes en reprise d’étude, de jeunes mamans, des personnes handicapées… » constate Christophe Lasserre, chef de service « enseignement supérieur, formation continue et recherche » à Nevers agglomération.

Dépasser les barrières mentales

En Occitanie, Régis Bayle, conseiller régional (Socialistes et citoyens d’Occitanie) délégué aux campus numériques, rapporte : « Nos jeunes vivent une situation compliquée à l’heure où le prix du logement étudiant grimpe et les questions de mobilité en milieu rural se posent. Il s’agit aussi de dépasser les barrières mentales de certains milieux sociaux défavorisés face aux études supérieures. » La région finance en effet une partie des coûts de ­fonctionnement de treize campus connectés, dont celui du Vigan (Gard). Ce site de 18 étudiants n’accueille que des jeunes du bassin viganais dont 80 % ont des parents d’origine populaire et rencontrent des difficultés financières. Les formations courtes y sont privilégiées à 60 % (BTS). « Certains ont essayé de partir à Montpellier, Millau, ou ­Toulouse, mais l’ont vécu de manière brutale. Ils sont revenus rapidement au Vigan pour retrouver la valorisation identitaire qu’ils ont ici », témoigne Rachid Mdaam, coordinateur du campus ­connecté.
« L’objectif des campus connectés d’Occitanie n’est pas d’assigner les jeunes à résidence. C’est même l’inverse ! Nous voulons leur mettre un pied à l’étrier, pour qu’ils puissent ensuite rejoindre des formations universitaires in situ », souhaite Régis Bayle. Une idée dont certains reviennent.

Financements non pérennes

« Au départ, nous l’avions pensé comme une année de transition pour des étudiants en décrochage scolaire. Finalement, on se retrouve avec des publics qui aiment ce format en distanciel et finissent leur cursus avec nous », raconte Damien Bresson, coordinateur du campus connecté de Carcassonne agglo (83 communes, 113 500 hab., Aude).

Ces lieux offrent-ils une solution pour les territoires très isolés ? « Nos étudiants habitent dans un rayon de 5 kilomètres. Au-delà, sans moyen de transport, cela reste compliqué », admet Marc Duval, coach du campus connecté de l’agglo­mération de Chaumont (63 communes, 44 800 hab., Haute-Marne). Cet espace accueille lui aussi un public empêché. « Nous sommes sur une niche. Nous n’avons pas l’ambition de remplacer l’université classique. Certains étudiants ont besoin d’un autre cadre et nous voulons persévérer dans cette voie », précise Stéphane Martinelli, président de l’agglo. C’est que les financements de l’Etat ne sont pas pérennes. Aux collectivités de trouver des partenaires de substitution pour poursuivre après 2025.

« Dans un an, je devrai donner à la présidente de la région des éléments pour juger si nous prolongeons ce dispositif en cas d’éventuel désengagement de l’Etat », annonce Régis Bayle. Surtout, si ces sites doivent être pérennisés, les universités et le Centre national d’enseignement à distance devront améliorer leurs supports de cours. « Il me semble incroyable que l’on ne puisse pas imaginer des visioconférences », s’étonne Régis Bayle.
« Les universités n’avaient pas l’habitude d’accompagner les étudiants à distance. Notre regard les force à s’interroger sur la qualité de leur offre de formation, qui n’est clairement pas au rendez-vous », regrette Damien Bresson.

FOCUS

« Les tuteurs sont là pour donner du sens aux études »

Rachid Mdaam, coordinateur du campus connecté du Vigan (3 800 hab., Gard)

« Les collectivités choisissent et enga­gent les tuteurs, dont le rôle est primordial. Nous avons majoritairement de l’expérience dans l’éducation, la coordination d’équipe, la formation ou le management. En tant que tuteur, je suis chargé du suivi individualisé des étudiants. Je suis garant de l’inscription auprès des établissements et j’assure le lien entre l’étudiant et son établissement, pour décharger le jeune du fardeau administratif. Je les accompagne dans le suivi méthodologique : préparation aux examens, aux oraux, aux entretiens d’embauche… Quand je peux le faire, j’assure aussi un soutien pédagogique pour éviter qu’ils ne se découragent, surtout lorsqu’ils reçoivent des PDF indigestes.

Enfin, je suis là pour donner du sens à ce qu’ils font grâce à un suivi qui les motive. L’enseignement à distance est difficile. Il faut quelqu’un pour les empêcher de baisser les bras. Dans les campus connectés, toute la difficulté réside dans la création d’un esprit d’équipe, alors que les étudiants suivent des formations différentes. J’essaie donc de bâtir des liens en organisant des moments de convivialité et des ateliers transversaux sur des sujets qui concernent tout le monde : dissertation, recherche d’emploi, etc.

FOCUS

Un partenariat fructueux noué avec le club de rugby et la filière d’orthoptie

Nevers agglomération (Nièvre), 13 communes • 65 700 hab.
Le campus connecté de Nevers est l’un des plus importants de France, avec 42 étudiants, quand la moyenne française des campus est de quatorze. Un succès qui s’explique par deux partenariats développés par l’interco. Le premier est l’accord passé avec le club de rugby professionnel de Nevers, qui permet à une dizaine de jeunes espoirs masculins d’étudier deux jours sur sept pour obtenir un diplôme tout en s’adonnant à la pratique exigeante d’un sport de haut niveau.
L’autre concerne la filière d’orthoptie. « Nous avons un partenariat avec l’université de Paris I. Douze étudiants en ­orthoptie travaillent à distance au campus. L’objectif est qu’ils viennent ensuite désengorger les cabinets d’ophtalmologue en prenant en charge les premiers soins », explique Denis Thuriot, qui espère que les étudiants s’installeront sur le territoire. « Avec respectivement 53 % et 75 % de taux de réussite aux examens en 2020 et 2021, ce ne sont pas les capacités qui manquent à ces étudiants ! » se réjouit-il.
Contact : Christophe Lasserre, chef du service « enseignement supérieur,formation continue et recherche », classerre@agglo-nevers.fr

source: https://www.lagazettedescommunes.com/807688/les-campus-connectes-luniversite-en-bas-de-chez-soi%EF%BB%BF/

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