13 mai 2020 Commentaires fermés

Environnement. Toulouse sera-t-elle une « ville intelligente » en 2030 ?

Environnement. Toulouse sera-t-elle une « ville intelligente » en 2030 ? dans Villes Tech

 

Face à l’urgence climatique, l’environnement est un souci majeur. Les métropoles sont au cœur de cet enjeu. Toulouse peut-elle y répondre sérieusement ? La 4G dans le métro et les canopées urbaines feront-elles de la Ville rose une « ville intelligente » ?

 

Toulouse Métropole a déjà investi près de 500 millions d’euros entre 2015 et 2020 sur la thématique de la smart city avec un projet baptisé Open Métropole. Parmi les ambitions affichées : faire de Toulouse une ville plus respirable, avec une mobilité plus fluide. Des objectifs en adéquation avec les enjeux liés au climat mais, concrètement, peu de réalisations d’envergure jusqu’ici, puisque le projet était conçu autour d’expérimentations et de démonstrateurs. L’ été dernier, alors que Toulouse était frappée par la canicule, les canopées urbaines développées par Urban Canopée ont été testées dans le quartier Saint-Cyprien.

Il y a quelques années des grands groupes comme IBM ou Cisco faisaient la promotion de la Smart city en la peignant comme une ville futuriste, 100 % centrée sur la technologie. Au final, Toulouse semble bien loin de cette image. Et c’est peut-être mieux ainsi, à en croire Emmanuel Eveno, professeur à l’Université Toulouse Jean-Jaurès et membre du Lisst-Cieu (Laboratoire Interdisciplinaire Solidarités, Sociétés, Territoires – Centre interdisciplinaire d’études urbaines), spécialiste de la ville numérique. « Je prêche davantage pour une ville intelligente qu’une smart city, car il s’agit d’une autre façon de concevoir la ville, ce qui fait société, sans que cela soit forcément technologique. »

Un point de vue partagé par Mustapha Derras, directeur exécutif de la recherche et de l’innovation de Berger-Levrault et expert indépendant auprès de la Commission européenne. « Je continue à penser que demain, la ville sera centrée sur deux choses. En premier lieu, l’individu, avec une nécessité de réappropriation et d’inclusion des populations. Ensuite, la résilience et la soutenabilité de notre développement. Si toutes les villes s’y mettent, on aura réglé une grande partie des problèmes environnementaux », assure-t-il.

Au service d’un projet global

Le rapport intitulé Vers un modèle français des villes intelligentes partagées remis au ministre de l’Économie Bruno Le Maire en 2018, auquel Emmanuel Eveno a participé, se posait justement la question de la convergence des logiques entre développement durable et société de l’information. Mais si des points communs existent, de nombreuses divergences ne sont pas à négliger. « Une hybridation est nécessaire pour que la technologie soit au soutien du développement durable », insiste le chercheur. Cependant, les villes intelligentes demeurent un moyen de répondre à des effets de contrainte par des solutions innovantes. Et, même si on est loin d’une vision techniciste de la ville, cela passe nécessairement par la technologie et l’exploitation fine de la donnée urbaine.

À ce sujet, l’Occitanie et Toulouse possèdent une vraie dynamique aux yeux de Bertrand Monthubert, le président d’Occitanie Data. Il y a selon lui la possibilité d’agréger des acteurs variés capables de partager de la donnée, pour mettre en place des services adaptés aux usagers. « Pour que la ville intelligente fonctionne, on a besoin de croiser les données, et Occitanie Data est là pour ça, car elle a une vision globale et transverse des sujets. Mais la donnée devra également être accessible pour les citoyens, pour qu’ils agissent en connaissance de cause. »

Acteur central des thématiques du numérique à Toulouse depuis plus de vingt ans, La Mêlée dégage plusieurs enjeux pour la ville intelligente toulousaine en 2030. Son président Édouard Forzy souligne l’importance de « conserver une certaine forme d’indépendance et d’entente au niveau régional dans les projets technologiques », prenant l’exemple du programme Aniti sur l’intelligence artificielle. Appuyant les propos de Bertrand Monthubert, Louis Salgueiro, chargé de projet au sein de l’association, répète la nécessité d’intégrer autant que possible les usages. « En effet, la smart city peut être un échec si elle est bâtie sans penser et accompagner les pratiques des usagers. » Associée à l’incubateur de Météo France, labellisé GreenTech Verte, La Mêlée ajoute que la ville intelligente doit permettre d’impliquer chacun dans une dynamique de transition écologique.

Une ville connectée aussi à son territoire

Les différents points de vue font ressortir un élément essentiel pour la ville intelligente de demain à Toulouse, qui doit s’appuyer sur l’intelligence collaborative pour répondre à l’enjeu sociétal et environnemental, dans le cadre d’un projet clair. « La technologie aidera, mais il faut arrêter de se fier aux tendances marketing », avertit Mustapha Derras. « La 4G dans le métro, quelle est l’utilité ? Je ne pense pas que cela serve à rapprocher les gens. Il faut se poser la question du pourquoi car les technologies sont déjà là. Les objets connectés, la gestion efficiente de l’énergie, de l’eau, la gestion efficace des déplacements, des lieux de vie, des bâtiments… Il y a un effort à faire en matière de gestion technique de tous les métiers de la ville. »

C’est donc l’ensemble du fonctionnement de Toulouse qui devra être pensé et géré de manière à limiter l’impact environnemental. « Avec la ville intelligente, en raison de l’utilisation et de la complexité d’articulation des données, il y a un côté invisible fort et donc une grande nécessité de transparence », ajoute Bertrand Monthubert.

Demain, l’aménagement des espaces verts ne sera plus uniquement là pour embellir la ville mais apportera ombre, humidité, oxygène… La volonté de faire de l’île du Ramier le poumon vert de la Ville rose s’inscrit dans cette logique, alors que Toulouse manque d’espaces naturels. Et là encore, la technologie peut aider à réguler l’utilisation de l’eau pour l’arrosage ou pour utiliser des variétés locales… La relocalisation des productions et la réindustrialisation représentent un autre enjeu majeur pour les métropoles au niveau environnemental et Toulouse a largement les moyens de développer des circuits courts par exemple. Une réalité mise en lumière lors de cette crise du Covid-19. En ce sens, « la ville intelligente toulousaine doit rester ancrée à son arrière-pays, au risque de s’insulariser et d’augmenter les inégalités. Il faut une politique à l’échelle du territoire », poursuit Bertrand Monthubert.

2030 semble très proche pour voir de grands bouleversements dans la dynamique toulousaine de la ville intelligente. Si la Ville rose sera certainement instrumentée avec une prise en charge de la donnée par la Métropole, elle devrait être assez semblable à celle qu’elle est aujourd’hui. « Nous pensons qu’en 2030 la ville intelligente de Toulouse et sa région s’inscriront dans le prolongement de ce qui fait ses qualités actuelles mais aussi ses limites », conclut Édouard Forzy.
Paul Périé

 

 

Source : https://www.touleco.fr/En-matiere-d-environnement-Toulouse-sera-t-elle-vraiment-une,28438

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